Choisir un statut quand on fait du travail du sexe en France, c’est souvent comme avancer sur une passerelle étroite, avec du brouillard des deux côtés. Tu veux être en règle, protéger ta santé et tes revenus, sans te mettre en danger, ni te griller sur le plan social.
En février 2026, la question revient sans arrêt: micro-entreprise URSSAF, ou salariat? Et derrière, une autre inquiétude: “Si je déclare, est-ce que je m’expose?” Si je ne déclare pas, “qu’est-ce que je risque?”
Ce guide pose les bases, sans recettes miracles. Juste des choix concrets, et les risques réels.
Ce que dit le droit en 2026, et pourquoi le salariat est si compliqué
En France, le fait de se prostituer n’est pas interdit en soi. Le problème, c’est l’environnement légal autour: le proxénétisme est lourdement réprimé, et la pénalisation des clients (loi de 2016) a installé une logique “abolitionniste” qui rend le cadre de travail instable.
C’est là que la question “salarié” devient piégeuse. Un contrat de travail, ce n’est pas juste “être payé”. C’est un lien de subordination, avec un employeur qui organise, contrôle, sanctionne. Appliqué à la prostitution, ce schéma fait tout de suite penser à l’exploitation, et peut basculer en infractions (notamment si un tiers tire profit, organise les rendez-vous, encaisse, ou fournit un “cadre” contre rémunération).
Ce point compte aussi pour les débats “liberté d’expression vs liberté de travailler”. Le droit européen rappelle que l’accès à l’emploi a une double dimension, gagner sa vie, et se réaliser. Et il tend à considérer qu’afficher une politique discriminatoire d’embauche ne se cache pas derrière “c’était juste une opinion”. Une analyse utile sur ce sujet est accessible via l’article d’Europe des Droits et Libertés sur la CJUE. Pour les travailleur·euse·s du sexe, c’est concret: la stigmatisation peut fermer des portes, y compris lors d’une reconversion.
Résultat, dans les faits, le “statut salarié” pour la prostitution tarifée reste, au mieux, marginal, et au pire, risqué pénalement pour l’entourage.
Statut indépendant et URSSAF, l’option la plus fréquente, mais pas “sans coût”
Quand on parle de statut indépendant, on pense surtout à la micro-entreprise. C’est l’option la plus utilisée car elle permet de déclarer un chiffre d’affaires simplement, de payer des cotisations, et d’avoir une protection sociale de base (maladie, retraite, maternité ou paternité selon conditions).
La déclaration et le paiement se font sur le portail officiel, autoentrepreneur.urssaf.fr. En micro, les cotisations sont calculées en pourcentage du chiffre d’affaires, avec un taux qui tourne souvent autour de 20 à 25 pour cent selon la catégorie. Point important: c’est du chiffre d’affaires, pas du bénéfice. Si tu as beaucoup de frais (location, déplacements, sécurité, pubs), la micro peut vite donner l’impression de “payer sur de l’argent que tu n’as pas gardé”.
Côté impôts, les revenus doivent être déclarés. En micro, on est en général sur un régime avec abattement forfaitaire, puis imposition sur le revenu. Les explications à jour et les démarches sont sur impots.gouv.fr.
Un exemple simple, juste pour visualiser des ordres de grandeur (à ajuster selon ton régime exact et tes taux):
- Chiffre d’affaires mensuel: 3 000 euros
- Cotisations micro (exemple à 22 pour cent): environ 660 euros
- Reste avant impôt et dépenses: environ 2 340 euros
La micro apporte aussi une forme de “preuve d’activité” utile pour louer un appart, ouvrir certains droits, ou justifier des ressources. Mais elle crée un autre sujet: la confidentialité. Déclarer, c’est laisser des traces administratives. Ce n’est pas forcément un problème, mais il faut le décider en connaissance de cause.
Pour réduire les risques administratifs sans jouer à cache-cache:
- Garde un dossier propre (relevés, encaissements, justificatifs de dépenses, copies de déclarations).
- Sépare tes comptes (un compte dédié aide à comprendre ce qui entre et sort).
- Protège tes données (téléphone pro, mails pro, documents chiffrés si possible).
- Évite de mettre des tiers “au milieu” (encaissement par quelqu’un d’autre, gestion contre commission), car c’est là que les risques pénaux explosent.
Si tu veux un cadre clair sur tes droits face à une discrimination (emploi, services, accès aux droits), le Défenseur des droits est un point d’entrée utile.
Salarié, fantasme de sécurité ou vraie option, et pour qui?
Le salariat fait rêver pour une raison simple: c’est un pack. Tu as des bulletins de paie, des cotisations gérées par l’employeur, des congés, et souvent une meilleure couverture (et le chômage, sous conditions). Mais pour la prostitution, le salariat se heurte à deux murs.
Le premier, c’est la logique pénale. Un employeur qui “embauche” pour des actes sexuels tarifés peut être exposé à des qualifications graves. Même sans violence, l’organisation du travail par un tiers ressemble vite à de l’exploitation.
Le second, c’est la réalité du lien de subordination. Dans un contrat de travail, on attend des consignes, des horaires, des objectifs. Or, dans le travail du sexe, le droit au refus et le consentement ne peuvent pas être traités comme une “obligation de poste”. C’est une tension structurelle.
En revanche, il existe des formes de salariat dans des activités sexuelles qui ne sont pas de la prostitution au sens strict, par exemple certains métiers du spectacle pour adultes, de la production audiovisuelle, de l’animation, ou des services à distance, selon les cas. Là, le droit commun s’applique, avec les règles du Code du travail sur Légifrance.
Pour résumer, voici un comparatif simple:
| Point clé | Indépendant (micro) | Salarié (quand c’est possible) |
|---|---|---|
| Qui déclare et paie? | Toi, via URSSAF | L’employeur, avec fiche de paie |
| Cotisations | Pourcentage du chiffre d’affaires | Cotisations salariales et patronales |
| Protection | Correcte, mais sans chômage classique | Souvent plus complète |
| Risques spécifiques | Contrôle fiscal et URSSAF si incohérences, traces admin | Risque pénal si le poste revient à organiser la prostitution |
C’est là que l’expression “statut sex worker France” prend tout son sens: on est rarement face à un choix libre entre deux options équivalentes. On choisit surtout entre des compromis.
Ce qu’il faut retenir avant de trancher
Si tu fais de la prostitution en France, le statut indépendant, souvent via micro-entreprise, reste le cadre le plus réaliste pour être en règle socialement et fiscalement. Le salariat peut exister dans des métiers voisins, mais il est généralement incompatible, ou dangereux, dès qu’un tiers organise une activité de prostitution.
Le bon réflexe, c’est de décider en pensant à trois choses: ton niveau de revenus, ton besoin de protection sociale, et ta tolérance aux traces administratives. Et si tu doutes, parle à une association, un juriste, ou un comptable, pas à un “conseiller” sur un coin de messagerie. Ta sécurité et tes droits valent mieux que des raccourcis.